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Il tango
Interview B.A. TANGO: Thierry Le Cocg, il est venu et a compris
da www.abaneraz.com
"Quand il est arrivé à Buenos Aires en 2000, il a découvert un autre monde"
" Avant, je dansais chaque tango, sans jamais m'arrêter; maintenant je suis davantage milonguero et je profite d'une autre façon" Opinion précise sur le tango milonguero et le "tango nuevo"
THIERRY LE COCQ est un danseur et maestro français reconnu dans les milongas portègnes où ils l'invitent à se produire en exhibition. Il est très heureux de la haute opinion qu'ils ont de son style et il raconte comment fut sa rencontre avec notre culture, qui est davantage que la danse par elle-même.
Comment s'est passé ce rapprochement?
J'ai rencontré le tango en mars 1998. A cause, ou plutôt à dire mieux, grâce à une femme. Je dansais le swing et elle aussi, elle s'appelait Véronique Bouscasse et nous nous sommes connus dans un caveau de swing et quelques semaines après nous être rencontrés, elle me demanda si je voulais bien danser le tango argentin avec elle. Elle me raconta qu'elle avait été impressionnée par un film qu'elle avait vu quelques années auparavant mais qu'elle ne l'avait jamais dansé. Je ne savais rien du tango, et sa demande était une forme de confirmation des sentiments qu'elle avait pour moi; elle souhaitait créer un terrain nouveau pour les deux, et c'est ainsi que j'ai découvert le tango argentin à Paris. Elle a fait des recherches et nous avons commencé à prendre des cours avec plusieurs professeurs. Et cela durant environ 7 mois, mais aucun d'eux ne fut capable de nous parler et de nous enseigner les racines, la culture du tango, à cette époque on parlait surtout de technique, on ne parlait pas d'émotions.
Ceci dit, il y a toujours certains professeurs qui continuent dans cette voie
Après une année nous avons décidé d'aller à Buenos Aires pour découvrir l'essence même du tango. Nous avions un peu de bagage technique, nous avions ce sentiment amoureux qui nous unissait, mais nous ne savions pas ce qu'était le tango, nous souhaitions le voir dans son milieu originel. Lorsque nous sommes arrivés ici en 2000 et nous avons découvert un autre monde. La première milonga où nous sommes allé fut El Arranque ; il Y avait là une enseignante qui s'approcha de Véronique pour lui dire combien notre danse était intéressante, belle et qu'elle aurait aimé essayer de danser avec moi. Nous avons dansé une tanda et ce fut pour moi une révélation; je dansais un tango rapproché, sur axe, avec figures, et elle me dit "Très bien ton tango salon" et aussi que le tango milonguero était beaucoup plus en terre, avec plus de "roria", je n'ai plus les mots exacts, une marche cadencée, et un abrazo beaucoup moins léger que celui qui était le mien, "Ici plus qu'ailleurs, les femmes veulent tenir des hommes dans leur bras", je suis resté pensif; assis tout le reste de l'après midi à regarder la foule évoluer. je voulais comprendre ce qu'elle m'avait dit.
Comment as-tu finalement compris ce qu'était le tango?¨
Le jour suivant. nous sommes allé à El Beso ; on nous avait dit que les danseurs qui fréquentaient ce salon étaient du plus haut niveau. Il y avait un ami. un compatriote, à qui je demandais de me désigner le meilleur milonguero et il me répondit "Regarde là, cet homme. et tu verras ce qu'est un bon milonguero". Le spectacle que je vis a transformé ma vie. c'était RICARDO VIDORT, qui plus tard deviendrait un ami. un mentor, comme un père. Il ne m'a jamais enseigné la technique, en revanche il m'a beaucoup parlé et raconté. Il m'a introduit dans toutes les milongas, auprès de tous ses amis. J'ai appris que le tango n'était pas seulement une façon de danser, mais surtout une manière de vivre. Une milonga. ce sont les tables, les amis avec qui partager un verre, un repas, un bout de conversation. la musique et..., parfois .... quelques pas sur la piste de danse. Partager une étreinte avec une femme dont on peut sentir palpiter le coeur, le souffle court de la respiration. Aujourd'hui j'ai beaucoup de plaisir à être dans une milonga. J'avais l'habitude de danser chaque tango, sans jamais m'arrêter. j'étais un danseur de tangos, aujourd'hui je me sens davantage milonguero et je profite d'une façon différente, je n'ai plus besoin de danser en boucle, j'observe. j'écoute. Je laisse les choses de ma vie m'envahir pour mieux exprimer l'émotion de la marche. Voilà ce que j'ai découvert ici à Buenos Aires.
Viens-tu souvent à Buenos Aires?
Je viens une fois par an et je reste de trois semaines à un mois.
As-tu noté des changements dans l'ambiance tanguera?
Je n'ai pas trouvé de différence majeure entre la façon de danser des gens d'ici et la mienne; il existe des milongas où l'on danse un style milonguero, d'autres où l'on danse plus ouvert; certaines où les danseurs sont plus vieux, d'autres d'âge moyen ou encore plus jeunes. Beaucoup d'étranger à l'Argentine et qui reviennent de Buenos Aires me disent que l'abrazo ici s'ouvre de plus en plus du fait de l'influence du "tango nuevo", en ce qui concerne je ne l'ai pas remarqué; dans tous les lieux où j'ai été, j'ai constaté que 90% des danseurs avait un abrazo fermé et que seulement 10%, et quand ils avaient de l'espace, ouvraient pour faire des pas plus large. Bien qu'à Paris le tango se danse beaucoup plus ouvert qu'ici, c'est une situation qui est en train de changer et la tendance est à l'abrazo plus fermé. Dans cette ville, l'intérêt a été suscité par le spectacle de "Tango Argentin" qui a généré en bal un tango de scène. Avec le temps qui passe, de plus en plus de monde danse avec un abrazo fermé, bien que dans toutes les villes il y ait des milongas de tango ouvert.
Vois-tu un futur à ce qu'on appelle le "tango nuevo" ?
Le tango nuevo existera toujours, parce qu'iI y aura toujours des choses nouvelles; la vie elle nous entraîne inexorablement vers un tango milonguero pour des raisons physiques, intellectuelles ou morales, par sagesse. Le tango nuevo suit un chemin parallèle, c'est une recherche nécessaire pour enrichir la connaissance du corps, mais au bout du compte on finit toujours par danser un tango à l'abrazo fermé et partagé sentimentalement, dans l'émotion. Le futur du tango est, je pense, milonguero, parce qu'ainsi va la vie. Il faut laisser interagir les expériences d'une vie et les connaissances techniques; lorsque l'on s'approprie les deux, on commence alors à apprécier l'émotion de cette danse.
Une émotion pleine et tranquille. Il vaut mieux faire sienne une telle philosophie plus tôt que trop tard. C'est cela que j'essaie de montrer lorsque je danse ici, un peu de technique et quelque chose de plus émotionnel, en dansant sur la mélodie qu'aura développer le compositeur; tout cela restant ma recherche personnelle.
Comment se développe ton travail en Europe?
Je donne des cours réguliers du lundi au jeudi, de tango milonguero, tango ouvert et milonga ; trois week-ends par mois je voyage en Europe pour donner des stages et/ou faire des exhibitions: Italie, Suisse, Allemagne, Angleterre, les pays de l'Est... Je donne priorité à un enseignement où est développée le ressenti des propositions de marche, davantage que celle d'un apprentissage chorégraphique qui emprisonne les élèves dans une dimension spatiale au lieu de les en libérer. Bien entendu il y a un travail important sur les notions d'axe, de posture, d'abrazo, puis de marche et de mouvements, d'écoute. Un couple de bons danseurs possède un taux de réussite dans le ratio proposition/réponse de l'ordre de 80%, et de 20% d'échec qui ne sont pas pour autant des erreurs; pour un couple de "bons" danseurs. Si 80% du guidage est compris alors tout va bien. Le 100% est quasiment impossible, et si cela était, où serait la surprise, le sel et le piment de la danse?
Une fois par mois j'organise une milonga que je souhaite se dérouler dans l'esprit des milongas portègnes, avec tables, boissons, petite restauration, tombola, musique traditionnelle, avec tandas et cortinas musicales. Cette milonga a une capacité d'accueil de 150 personnes et tient place le deuxième samedi de chaque mois; j'invite des amis danseurs européens ou argentins à se produire en exhibition. Je souhaite y maintenir un niveau de respect basique; à ceux qui dansent ouvert et perturbe vertement les autres danseurs, je demande poliment de quitter la piste.
Je participe chaque année a cinq ou six festivals donnant cours et exhibitions. Je dois ce succès au tango milonguero. Aujourd'hui en Europe nous sommes invités pour notre style particulier.
En plus de tes exhibitions dans les milongas de Buenos Aires, penses-tu donner des cours?
Justement, je viens d'être invité pour donner un stage d'un mois dans une milonga de Buenos Aires.
Par ailleurs une danseuse argentine de haut niveau m'a dit" Nous pourrions faire quelque chose ensemble". Cela venant d'une telle danseuse m'a enorgueillit.
La récompense de mon "oeuvre", de mon travail personnel, est la reconnaissance pour partie par les organisateurs locaux, les danseurs et danseuses professionnelles et les possibles futures partenaires de danse.
Un commentaire final?
Je garde une pensée permanente à la mémoire RICARDO VIDORT sans qui tout ce que j'ai vécu ne serait jamais arrivé.
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